Flora Medicina, école d’herboristerie

Les adaptogènes, alliées de notre temps

Journal de la Guilde des herboristes, été 2000

La demande d’adaptabilité que nous vivons actuellement est la plus grande que l’humanité ait eu à affronter. Nous vivons actuellement dans une ère où nous avons perdu contact avec nos outils naturels d’adaptation.

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Des demandes contradictoires

Nous avons réussi à reléguer le sommeil au statut de luxe et rendre les soins de soi quasi inacceptables... Nous avons réussi à reléguer le sommeil au statut de luxe et rendre les soins de soi quasi inacceptables...

En effet, le mode de vie occidental nous amène à être constamment bombardé par le bruit, la pollution atmosphérique, alimentaire et électromagnétique, la demande de performance, le contact constant avec des substances synthétiques, la surdose d’information... Les demandes que nous faisons envers notre système immunitaire sont aussi incohérentes : d’un côté, on s’attend à ce qu’il ne réagisse en aucun cas à toutes les nouvelles substances synthétiques qu’il rencontre au cours de sa vie (du Nylon au Cheese whiz) et de l’autre, on lui demande un score parfait contre toutes les substances pathogènes rencontrées, sans discrimination. Tout ça dans un contexte où nous avons perdu la plupart des liens qui favorisent notre harmonie avec notre environnement : vivre avec les saisons au niveau énergétique et alimentaire, passer du temps dehors - ce qui aide à s’acclimater...

Nous vivons, plus souvent qu’autrement, dans un environnement contrôlé : l’air que nous respirons est souvent maintenu artificiellement à une température et un taux d’humidité constants, en plus du fait que lorsque le corps demande à relaxer, on lui donne des stimulants. Nous avons réussi à reléguer le sommeil au statut de luxe et rendre les soins de soi quasi inacceptables...

Dans le cycle hormonal, le stress agit sur l’hypothalamus et provoque une augmentation de sécrétion de l’hormone corticostimuline (ACTH), affectant ainsi le cortex surrénalien en faisant augmenter sa sécrétion de cortisol. Ce cortisol maintient le corps en état d’urgence, ce qui diminue la réponse immunitaire aux niveaux des tissus lymphoïdes, de la rate et du thymus.

Le lien entre les adaptogènes et le système immunitaire

La Terre bienveillante nous offre des plantes adaptogènes qui augmentent la capacité de notre corps à s’adapter au stress, qu’il soit de nature physique, intellectuelle, psychologique et/ou énergétique. L’effet des adaptogènes se situe surtout au niveau des glandes surrénales en harmonisant la sécrétion des corticostéroïdes et ce, même si elles ne contiennent pas nécessairement des substances qui s’y apparentent (par contre, la réglisse en contient). Les adaptogènes peuvent également agir à titre d’immunomodulatrices puisqu’elles modifient la réponse immunitaire par voie hormonale en équilibrant les réponses hormonales de l’hypophyse.

Inter-réactivité

La médecine orthodoxe occidentale commence à faire le lien entre les pensées/croyances et les systèmes endocrinien et immunitaire. La santé de notre système immunitaire dépend beaucoup plus de la santé de nos interactions avec notre environnement, c’est-à-dire la qualité de notre nourriture et nos pensées, notre estime de soi et le dynamisme hormonal de notre corps, que de la présence ou l’absence d’agents infectieux.

La médecine orthodoxe occidentale commence à faire le lien entre les pensées/croyances et les systèmes endocrinien et immunitaire. La reconnaissance de ce lien donne naissance à une discipline qui se nomme psycho-neuro-immunologie. Cette nouvelle discipline reconnaît des variations de la réponse immunitaire en fonction de l’état ou de l’affectation de cellules qui ne font pas partie du système immunitaire.

Suite à l’observation d’une foule de liens indéniables entre les pensées, les comportements conditionnés, l’exercice, l’activité sexuelle et... les réponses des systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire, la vision compartimentée du corps humain dans laquelle chaque système gère ses fonctions propres et prescrites, s’efface. On voit émerger l’évidence de l’interdépendance de ces trois systèmes du corps humain. Surprise !

Les plantes adaptogènes rééquilibrent le trio psycho-neuro-immunologique.

L’étude détaillée des mécanismes impliqués dans le stress et les réactions allergiques prouvent (cliniquement bien sûr...) l’inter-réactivité des trois systèmes. En effet, le stress et les allergies peuvent être déclenchées par des médiateurs de n’importe lequel des trois systèmes en question. Ceci élargit considérablement les aires de recherche sur l’immunité, incluant l’étude d’une plus grande panoplie de substances non reliées au système immunitaire. On reconnaît même une similarité des caractéristiques cellulaires des lymphocytes, des neurones et des cellules endocrines. On observe clairement que les facteurs qui font réagir un de ces systèmes font aussi réagir les autres et que des cellules de chacun des trois systèmes ont des sites récepteurs pour recevoir des messages chimiques des deux autres.

Les plantes adaptogènes rééquilibrent le trio psycho-neuro-immunologique. Elles apportent, dans nos vies contemporaines, ce que la pénicilline a apporté à plusieurs générations de gens sur-contaminés...

"Adaptogènes" : version occidentale

Dans la littérature herboriste occidentale, le terme "adaptogène" est attribué au russe N.V. Lazarev. Dans les années 50, son étudiant - un dénommé I.I. Brekhman - a fait des recherches exhaustives sur le ginseng sibérien (Eleutherococcus senticosus) auprès de nombreux hommes qui travaillaient dans les mines. Selon lui, les adaptogènes doivent répondre à trois critères :

  • Ne pas causer de tort ni ajouter de stress à l’organisme ;
  • Aider le corps à s’adapter aux différents stress environnementaux et psychologiques ;
  • Ne pas avoir d’actions trop spécifiques sur le corps.

Mais encore !!!

Vision orientale des adaptogènes

Les chinois appellent les adaptogènes les "toniques supérieurs".

En lisant la littérature chinoise, nous remarquons que la notion d’adaptogène existe depuis des milliers d’années... C’est l’une des actions médicinales exercées sur le terrain que les chinois maîtrisent depuis toujours.

Les chinois appellent les adaptogènes les "toniques supérieurs". Ces toniques ne traitent pas de maladies spécifiques, mais favorisent une santé générale, augmentent l’énergie de l’organisme et régularisent les fonctions psychiques et corporelles. Ils nous donnent, en abondance, une énergie adaptive, une source de pouvoir humain réel. Selon Ron Teeguarden (Radiant Health), les toniques supérieurs doivent répondre sans défaillance, et ce depuis plusieurs centaines d’années (! !!) à six critères :

  • Contenir au moins un des trois trésors (le jing/l’essence, le qi/la vitalité et le shen/l’esprit) suffisamment pour ainsi contribuer à renflouer et à dynamiser ce trésor chez la personne qui en consomme ;
  • Aider à augmenter la longévité en renforçant la force vitale et protéger le corps afin qu’il soit en mesure de déployer son plein potentiel génétique ;
  • En améliorant les fonctions du corps, promouvoir, de façon profonde et large, la santé optimale qui assure une vie radieuse ;
  • Ne présenter aucun effet secondaire (lorsque utilisés de façon raisonnable) et peuvent donc être utilisés sur de longues périodes de temps, en offrant des effets cumulatifs et des bénéfices à long terme ;
  • Aider à équilibrer les énergies émotives et psychiques et aider à améliorer le bien-être émotif et spirituel ;
  • Avoir assez bon goût et être facile à digérer et à assimiler lorsque préparés adéquatement (d’ailleurs, la plupart des adaptogènes ont bon goût et peuvent même être utilisés en cuisine !).

Le syndrome général d’adaptation

Selon le modèle développé par le physiologiste Hans Selye, la réaction du corps face au stress se produit en trois phases : la phase d’alarme, la phase de résistance et la phase d’épuisement. La description du syndrome général d’adaptation qui suit est de Christopher Hobbs (Stress & Natural Healing). Elle décrit la réponse biochimique du corps humain face au stress.

La phase d’alarme : C’est la réaction initiale au stress, la phase aïgue. Les systèmes de défense du corps sont en état d’alerte majeure. Les symptômes présents lors de cette phase sont : sensation d’anxiété (augmentation du rythme cardiaque et de la respiration, augmentation de l’éveil mental, sudation, troubles digestifs). Le corps active un système hormonal permettant la sécrétion d’hormones de protection (épinéphrine, norépinéphrine) afin de garder le corps en état d’alerte. L’état d’alerte est maintenu et, s’il y a blessure, la sensibilité à la douleur sera diminuée, puisque les messages de douleur sont minimisés. Si l’expérience en question est passagère ou rare, la tension et la douleur s’en iront dans les jours qui suivent et une personne en santé n’en ressentira que très peu d’effets.

La phase de résistance : Cette phase débute lorsque le corps commence à s’adapter au stress et à s’occuper des agents stressants. Comme les symptômes de la phase d’alarme sont partis, la personne dans la phase de résistance peut renier la continuation du stress. Par contre, le corps répond au stress continu à un niveau plus profond. Les hormones de stress sont quand même sécrétées en petites quantités, ce qui affecte le corps de plusieurs façons : en déprimant le système immunitaire, en diminuant la force des os, en compromettant les fonctions mentales et cérébrales (comme la mémoire) et en diminuant le taux d’énergie. Ceci peut se traduire par de l’insomnie, de l’irritabilité, des maux de tête et de la rigidité musculaire.

[Citation]C’est à ce stade-ci que les personnes sont en état de burnout, commencent à vieillir prématurément et à développer toutes sortes de maladies.

La phase d’épuisement : C’est la phase dans laquelle se retrouve une personne qui a dépassé les limites de la phase de résistance. La réponse du corps ressemble à celle de la phase d’alarme (anxiété, sudation), mais les conséquences sont beaucoup plus graves puisque la personne a maintenant épuisé toutes ses ressources physiques au fil des semaines, mois ou années d’usage excessif... C’est à ce stade-ci que les personnes sont en état de burnout, commencent à vieillir prématurément et à développer toutes sortes de maladies (cancer, maladies cardiaques, diabète). Il n’y a plus aucune résistance au stress : le corps est sans ressources. Bien qu’il existe toutes sortes de façons de vivre avec cet état (drogues, alcool, divertissement, alimentation compulsive...), seuls la nutrition saine et le repos sont vraiment curatifs, en plus de l’incorporation des outils adaptogènes naturels.

Le métabolisme des adaptogènes

Grâce à ses centaines de milliers de cobayes, Brekhman, a identifié les processus de fonctionnement des adaptogènes :

  • Soutien les fonctions surrénaliennes, ce qui contre les effets néfastes du stress ;
  • Améliore la capacité des cellules à accéder à plus d’énergie ;
  • Aide les cellules à se débarrasser de leur déchets métaboliques toxiques ;
  • Donne un effet anabolique (de construction - ce qui explique l’utilisation des adaptogènes par les culturistes) ;
  • Aide le corps à utiliser l’oxygène de façon plus efficace ;
  • Facilite la rapidité de la régulation des biorythmes (aident à maintenir l’homéostasie).

Les plantes adaptogènes

Il semblerait que les adaptogènes aident à prolonger la phase de résistance et à en diminuer les dommages. Voici une liste des plantes adaptogènes les mieux connues. La présence particulièrement importante des plantes chinoises dans les adaptogènes est dû au fait que les Chinois, depuis des milliers d’années, traitent le terrain et la qualité énergétique individuelle et non pas les symptômes. Ils ont donc accumulé de grandes quantités d’information et une excellente maîtrise de cette action.

Les changements que nous apportons tranquillement à notre approche nous permettront certainement de reconnaître, au fil du temps, les plantes de notre pharmacopée qui travaillent de cette façon. On remarque aussi la présence importante des racines dans les adaptogènes. Peut-être, les racines nous aident-elles à nous ancrer dans la terre et mieux nous y adapter ? Notons aussi que les plantes et champignons d’utilisation typiquement chinoise sont de plus en plus accessibles, même en dehors du quartier chinois.

  • Ashwagandha - racine (Withania somnifera)
  • Astragale - racine (Astragalus membranaceus)
  • Codonopsis - racine (Codonopsis esp.)
  • Ginseng - racine (Panax quinquefolius)
  • Ginseng sibérien/éleuthéro - racine (Eleutherococcus senticosus)
  • Reishi - champignon (Ganoderma lucidum)
  • Rhodiola - racine (Rhodiola rosea)
  • Schizandra - baies (Schisandra chinensis)

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Mise á jour : jeudi 18 février 2010