Flora Medicina, école d’herboristerie

La saga des guides d’identification

Comment choisir un bon guide d’identification de plantes, médicinales ou autres ? La tâche devient difficile avec tous les livres qui sortent sur le marché. Valérie Lanctôt-Bédard vous éclaire sur le sujet.

Vous voulez en savoir plus :

Effectivement, les deux livres que j’utilise le plus (et de loin) depuis près de 10 ans ne sont plus disponibles. Ce sont : Peterson Field Guide to Wildflowers Northeastern/Northcentral North America (Roy Tory Peterson et Margaret McKenny, 1968) et Guide des fleurs sauvages du Québec et de l’est de l’Amérique du nord (Laurence Newcomb et Gordon Morrison, éditions Broquet, 1977).

Vous serez peut-être étonnés de ma sélection ? Surtout dans notre réalité québécoise dans laquelle nous avons des ouvrages aussi merveilleux - j’en conviens - que les Guides Fleurbec (Éditions Fleurbec) et la Flore Laurentienne (Marie-Victorin). J’aimerais vous donner mes critères de sélection.

Pour avoir passé des centaines d’heures en nature à essayer de faire des liens entre mes livres d’herboristerie et les plantes de mon environnement, je me suis rendue compte de plusieurs choses :

1. Un guide d’identification, ça ne devrait servir qu’à ça.

Ce que je veux, ce sont des livres qui se concentrent sur l’identification (…)

Je trouve inutile de trimballer avec moi tout un attirail d’informations sur les usages médicinaux des plantes, à moins d’avoir à mon secours un petit mulet qui veut bien transporter 50 kilos de livres et forêt et en montagne… Ce que je veux, ce sont des livres qui se concentrent sur l’identification, parce que ceux-ci vont contenir, pour le même volume, un bien plus grand nombre de plantes et donc me donner plus d’indices d’identification que les autres. De plus, je veux un livre qui me donne TOUTES les plantes, pas juste les médicinales ! Pourquoi ? Parce qu’avec toutes les plantes devant mes yeux à comparer, je réduis les risques de me tromper dans mon identification. Je serai en mesure d’identifier une plante comme n’étant pas médicinale si c’est le cas, au lieu de trouver qu’elle ressemble « assez » à la médicinale de mon livre « et donc ça doit être ça »…

2. Un guide d’identification utile doit contenir le plus grand nombre de plantes possible.

Un guide d’identification utile doit contenir le plus grand nombre de plantes possible.

Il n’est pas, mais vraiment pas, pratique d’avoir à fouiller dans 3 ou 6 livres différents pour identifier une plante. C’est pourquoi je ne traîne plus avec moi tous les guides d’identification à thèmes, sauf quelques uns dans des contextes spécifiques (milieux humides, printemps, fougères, etc…). Tous les Fleurbecs, quoi que superbes et donnant une bonne idée du port de la plante et de son « look » dans son environnement (en plus de nous transmettre la passion et l’amour évidents des photographes !), sont limités dans le choix des plantes et dans le nombre limité dans chaque livre. D’autres livres d’une grande beauté que je préfère lire à tête reposée qu’utiliser comme guides d’identification sont : Les Fleurs sauvages du Québec (Estelle Lacoursière et Julie Therrien, Éd. de l’homme) et Découvrir la flore forestière (Michel Sokolyk, Éd. de l’homme). De plus, leur système de classement ne les rend pas utiles sur le terrain (par milieu naturel ou par ordre alphabétique).

3. Je ne suis pas botaniste !

Il est très important pour moi de pouvoir utiliser l’outil que j’ai entre les mains de façon efficace et avec certitude. Il est très important pour moi de pouvoir utiliser l’outil que j’ai entre les mains de façon efficace et avec certitude. Voilà pourquoi j’ai opté pour les deux premiers livres mentionnés. Le Peterson est classé par couleur de fleur. Pratique pour moi ! Ils ont même pris la peine de classer certaines plantes dans deux couleurs lorsque celle-ci pouvait être un peu rose et/ou un peu bleu !!! « Oui, mais je veux récolter la plante avant sa floraison ! » Je vous répondrais qu’il n’est pas du tout opportun d’essayer d’identifier une plante jamais rencontrée auparavant sans l’avoir vue en fleur. Être herboriste, ça ne s’invente pas en une semaine ! Identifiez vos plantes, localisez vos talles et revenez l’année prochaine avant la floraison. Être herboriste, ça ne s’invente pas en une semaine ! Identifiez vos plantes, localisez vos talles et revenez l’année prochaine avant la floraison. Sinon, vous risquez de faire des erreurs qui pourraient être dangereuses. Pour ce qui est du Broquet/Newcomb, il nous offre une clé botanique très simple en début de livre, tout à fait utilisable moyennant quelques minutes passées à étudier un tout petit peu de terminologie de base.

Voici pourquoi je juge la Flore Laurentienne comme essentiellement inutilisable comme guide d’identification. Elle est d’abord beaucoup trop lourde pour être transportée ! De plus, la clé botanique offerte au début n’est utilisable que par des botanistes bien formés… À quoi sert-elle, alors ! AAhhhh… Elle sert à savoir si cette merveilleuse plante médicinale mentionné dans un de vos livres préférés pousse au Québec ou non et si oui, dans quelle région et dans quel habitat pousse-t-elle ? Marie-Victorin saura vous en informer.

4. Des dessins, s’il vous plaît !

Je trouve que les livres à dessins en noir et blanc sont beaucoup plus efficaces pour l’identification pointilleuse d’une plante

Je trouve que les livres à dessins en noir et blanc sont beaucoup plus efficaces pour l’identification pointilleuse d’une plante, détails nous permettant souvent de distinguer une espèce d’une autre avec certitude - détail pas banal quand on veut préparer des remèdes à base de plantes ! Malheureusement, la tendance est aux beaux livres à photos brillantes. Même les nouvelles éditions des Peterson et de Broquet sont à photos. Vous m’en voyez très déçue. La seule exception à cet aspect, selon mon expérience, est avec le Guide d’identification des mauvaises herbes du Québec (Claude Bouchard et Romain Néron, Édité par le Conseil des productions végétales du Québec et produit par le MAPAQ). Bien que son nom m’horripile au plus haut point, ce petit livre donne des séries de photos de ces plantes sauvages, de leurs toutes premières feuilles à leur maturité. Ceci permet de sélectionner attentivement lesquelles de ces merveilleuses plantes adventices vous garderez ou déplacerez ! Malgré son classement par familles botaniques, je le trouve bien utile au jardin particulièrement. Pour ce qui est des autres livres à photos, j’aime y flâner et je trouve que l’effet en est très révélateur. Un jour, je me retrouve devant une plante que j’ai vue en photo et son nom sort de ma bouche sans même que mon cerveau ne s’en mêle… Ta dam !!!

5. Et les arbres ? Et les lichens ?

Et les arbres ? Et les lichens ? Je demeure frustrée à ces sujets.

Je demeure frustrée à ces sujets. Les lichens sont largement ignorés dans les livres d’identification (sauf un tout petit chapitre dans Sokolyk) et les arbres sont mal servis. J’aime bien Les arbres du Canada (John Laid Farrar, Éd. Fides), mais des fois des espèces sauvages y sont négligées au profit d’espèces ornementales. De plus, il couvre une trop grande surface et pèse un peu trop lourd pour être franchement pratique sur le terrain. Par contre, sa combinaison de photos et de dessins en noir et blanc le rend bien agréable à consulter.

Tentative de faire refaire surface au Broquet/Newcomb :

Depuis l’été dernier, Annie Léger et Dominique Lacroix ont entrepris des démarches auprès des éditions Broquet pour faire réimprimer le livre de Newcomb. Si vous voulez leur prêter main forte et/ou annoncer votre intention d’acheter le livre s’il était réimprimé, veuillez les contacter. Elles sont membres de la Guilde des herboristes.

Bon été !

Valérie Lanctôt-Bédard

Vous voulez en savoir plus :

Mise á jour : mardi 30 mars 2010